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Un pro de l’impro !

Grand amateur des acteurs

Entretien avec Jean-Pierre Tailhade par Béatrice Forêt

Jean-Pierre Tailhade
Lorsqu’en équipe de rédaction, nous avons choisi le thème de ce numéro, la réflexion autour du clivage amateur/professionnel nous a amenés à nous questionner sur l’improvisation : l’art du clown-théâtre tel que nous sommes nombreux à le "jardiner" n’est-il pas décrié parfois en raison de la place que nous faisons à l’improvisation ? De même que pour beaucoup, "faire le clown" n’est pas concevable en tant que "vrai" métier, l’improvisation est parfois classée au rayon de la facilité, et considérée comme un simple outil au service de la création théâtrale ou, au mieux, comme un art mineur. Qui oserait de nos jours donner ses lettres de noblesse à l’improvisation ? Un nom a surgi… : celui de Jean-Pierre Tailhade.

Dans l’atmosphère feutrée d’un grand hôtel toulousain, Jean-Pierre Tailhade se laisse glisser vers une conversation à bâtons rompus, qui nous entraîne sur les chemins de l’acteur, de Grotowski, de Mnouchkine et ses recherches sur "Les Clowns"…
Comédien et metteur en scène, Tailhade cultive l’art de l’improvisation au point d’en faire la matière même de spectacles solo, tel que "Tailhade à merci". Pour celui qui a été l’un des fondateurs du Théâtre du Soleil, l’improvisation est création. Il s’y adonne sans réserve, tout en aimant travailler les textes d’auteurs. Il serait même possible que ces deux domaines bénéficient l’un de l’autre… Tailhade a le verbe haut, incisif, tranchant même. Au-delà des paradoxes, se dessine la silhouette d’un passionné du théâtre, acteur et spectateur exigeant.


Trouve ton clown ? L’horreur !

Jean-Pierre Tailhade a un souvenir cuisant d’une période de recherche intense sur les clowns au Théâtre du Soleil. "C’était la période où je ne trouvais rien. On faisait des entrées de clowns tous les matins. Pour moi, rien n’est jamais sorti en six mois ! Me dire : “trouve ton clown”, c’est l’horreur !" Premier obstacle : le nez de clown. "Je ne supporte pas d’avoir quelque chose sur le visage. J’ai l’impression de mourir, j’étouffe. J’ai le même problème avec les masques et les demi-masques". La troupe tatônnait alors dans ses recherches sur le clown. "Ariane était en panique. Elle disait : "Ce n’est pas ça". Elle ne disait rien sur le clown parce qu’elle ne savait pas non plus ce que c’était. Nous n’avions pas beaucoup de références dans ce domaine". Autre difficulté : "En plus, Ariane voulait que je sois le clown blanc. Pas de chance ! J’avais un grand kimono blanc..." "La seule fois où j’ai trouvé quelque chose, c’était avec Philippe Léotard. Il avait mis de la vodka dans une gourde et j’ai cru que j’allais boire de l’eau. Là, oui, j’ai eu quelques minutes de clown !" En dépit de cette expérience difficile pour l’acteur, Jean-Pierre Tailhade est un spectateur ébloui de certains spectacles de clowns. Ceux d’aujourd’hui, tels Les Nouveaux Nez, et ceux d’hier, ceux du cirque. "J’ai eu la chance de connaître Alex et Zavatta. J’avais quatre ou cinq ans. C’était d’une beauté hallucinante. Et c’est peut-être ça qui m’a fait faire du théâtre".